Et si la maîtrise émotionnelle n’était pas la solution, mais le problème ?
Un réflexe devenu automatique…
Dans beaucoup d’organisations, un même réflexe domine, celui de contrôler les émotions, les retenir, les lisser, les rendre invisibles.
Il n’est pas rare d’entendre encore : « Reste pro », « Ne te laisse pas déborder », « Garde ton calme ».
Comme si la compétence professionnelle se mesurait à la capacité de ne rien laisser paraître.
Pourtant, ce réflexe, compréhensible, culturel, profondément ancré, produit souvent l’inverse de ce qu’il promet. Il a pour effet d’augmenter la tension, de brouiller la communication, d’appauvrir la coopération et coupe les professionnels de leurs ressources internes.
Et si le problème n’était pas l’émotion…..mais le contrôle qu'on en a ?
Pourquoi contrôlons nous nos émotions au travail ?
Trois raisons principales expliquent ce réflexe collectif :
- Une croyance culturelle ancienne.
L’émotion serait irrationnelle donc dangereuse. Elle menacerait la lucidité, la performance, la crédibilité. Cette idée, héritée d’un modèle professionnel très vertical, persiste encore.
- Une peur relationnelle.
Montrer une émotion, ce serait perdre la face. Être perçu comme fragile, instable, trop sensible. Alors on se protège… en se coupant de soi.
- Une injonction organisationnelle.
Dans des environnements exigeants, rapides et sous pression, l’émotion est souvent vue comme un grain de sable dans la mécanique. On la tolère mal, on la redoute même et on la minimise.
Ces raisons sont compréhensibles, mais grande nouvelle, elles sont obsolètes.
Voici un exemple : « La ré.u…qui dérape en silence »
(Scène vécue dans de nombreuses équipes).
Réunion du lundi matin.
Claire présente un projet sur lequel elle a travaillé tout le week-end.
À peine a‑t‑elle commencé que Marc, son collègue, l’interrompt :
« On avait déjà dit que ce n’était pas prioritaire. »
Claire sent une pointe de colère monter. Elle se raidit. Sourit. Dit simplement : « D’accord, on peut en reparler une autre fois. »
La réunion continue. À l’intérieur, pourtant, quelque chose s’est figé. Claire se tait davantage.
Marc interprète son silence comme un accord. L’équipe avance… mais sur un malentendu.
Deux semaines plus tard, un conflit éclate, soudain, incompréhensible pour tous, entre Claire et Marc.
Ce n’est pas la colère de Claire qui a créé le conflit. C’est son contrôle pendant tout ce temps.
Ce que le contrôle émotionnel produit réellement
Contrairement à ce que l’on croit, contrôler une émotion ne la fait pas disparaître. Ca ne fait que la déplacer.
- La tension augmente. Ce qu’on retient se rigidifie. Le corps parle à la place des mots : crispation, irritabilité, fatigue.
- La communication se brouille. On parle “à côté” de ce qui se joue vraiment. Les échanges deviennent techniques, défensifs, pauvres.
- Les conflits deviennent souterrains. Ils ne s’expriment plus frontalement. Ils s’infiltrent dans les non-dits, les retards, les résistances passives.
- La coopération s’appauvrit. Chacun reste dans sa bulle protectrice. On collabore moins, on s’ajuste moins, on ose moins.
Attention : Une émotion contrôlée n’est pas une émotion apaisée. C’est une émotion silencieuse qui continue d’agir.
Sortir du réflexe de contrôle : un changement de posture.
Il ne s’agit pas de “laisser exploser” ses émotions, il s’agit d’écouter.
- Passer du contrôle à l’écoute
Une émotion est un signal. Elle indique un besoin, une limite, une valeur, une information. L’écouter, c’est gagner en lucidité et en clarté.
- Nommer sans dramatiser
Il faut y mettre des mots simples : « Je suis tendue parce que… », « Je me sens frustrée car… », « Je suis touché par… ». Nommer une émotion diminue son intensité et clarifie la situation.
- S’autoriser des "micro pauses" émotionnelles
On a le droit de prendre une respiration, de faire un pas de côté ou prendre un court moment pour revenir à soi. Ça c’est professionnel et non fragile (contrairement à l’idée reçue…).
- Transformer l’émotion en ressource
Chaque émotion porte une information utile :
La colère traduit une limite franchie,
La peur signale un risque ou un besoin de soutien,
La tristesse évoque une perte ou un attachement,
La joie apporte un moteur de motivation.
L’émotion devient alors un outil de discernement.
Quand une équipe sort du contrôle : ce que ça change ?
Les effets sont visibles, rapides et profonds :
- Plus de clarté dans les échanges,
- Moins de tensions latentes,
- Des décisions plus alignées,
- Un climat plus sécurisant,
- Une coopération plus fluide,
- Une responsabilité émotionnelle partagée.
Une équipe qui écoute ses émotions, ça change tout. Elle devient une équipe qui se régule, qui s’ajuste et qui grandit.
Conclusion
Avis aux humains de ce 21ème siècle, les émotions ne sont pas des obstacles à la performance. Bien au contraire, elles en sont les indicateurs les plus fiables.
Le défi n’est pas de les contrôler, mais d’apprendre à les écouter, pour mieux se comprendre, pour mieux coopérer et pour mieux travailler ensemble.
Cabinet D&V Médiation – Ensemble à l’écoute de vos besoins.
Ajouter un commentaire
Commentaires